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Cristina Branco
© Agusto Brazio

Portrait de: Cristina Branco

Assister à un concert de Cristina Branco est un moment dont le cœur se souvient. Peu de chanteuses arrivent à susciter des larmes d'émotion avec autant de naturel et de simplicité.Tout à la fois effacée et rayonnante, timide et ayant une personnalité affirmée, proche et distante, Cristina Branco est un assemblage de paradoxes.Le premier de ces paradoxes est qu'inexplicablement, celle que l'on considère "La nouvelle voix du Fado" ou "L'héritière d'Amalia " n'est que peu connue dans son Portugal natal alors que la Hollande et la France lui réservent des standing-ovations dans des salles prestigieuses. Une autre chose incroyable chez Cristina : son immersion totale dans la musique doublée d'une étonnante faculté de détachement. Bouleversante, elle chante les yeux fermés et emporte les spectateurs dans des flots d'émotion ; mais dès que le concert est terminé, elle redevient cette jeune femme sage et un peu en retrait. Un peu comme si c'était une autre Cristina Branco qui, quelques minutes plus tôt, mettait ses déchirures et ses sourires à nu sur scène. Il ne s'agit ni de duplicité (l'artiste est totalement sincère) ni de schizophrénie (elle est une jeune femme intelligente, lucide et bien dans son époque) mais d'une forme de protection et d'une immense modestie. Le succès ne lui est pas monté à la tête (qu'elle a fort bien faite et fort bien pleine) et elle pose sur son métier un regard sagace.

Elle explique l'engouement qu'elle provoque de façon simple ; pour elle, cela participe d'un mouvement général : "Nous sommes fatigués de la culture plastifiée".Un mouvement où Cristina se place en tant qu'artiste et en tant que spectatrice. Comme beaucoup de jeunes de sa génération (elle est née en 1972 à Almeirin, au Portugal), elle n'a découvert le fado que tardivement.Style musical importé du Brésil par la famille royale portugaise lors de son retour d'exil en 1821, le fado est vite devenu la chanson des laissés pour compte, des faubourgs et des quartiers populaires de Lisbonne. Il faudra attendre Amalia Rodriguez (vers 1940) pour donner à cette tradition portugaise une dimension internationale. Mais pour toute la gauche, le Fado est lié à la dictature de Salazar et, donc, une musique conservatrice et sclérosée. Dans les années 70 et 80, le Fado et ses interprètes sont mis au ban de la société portugaise. Jusqu'à ce que toute une génération de musiciens, dont Madrédeus et Cristina Branco, le redécouvre. Pour la jeune femme, la révélation s'est produite lors de son 18ème anniversaire. "Mon grand-père m'a offert un disque des chansons rares et inédites d'Amalia Rodriguez. Je suis tombée sous le charme et j'ai commencé à acheter tous les disques d'Amalia que je pouvais trouver". Comme son père était un opposant au régime dictatorial, la famille avait dû s'éloigner de Lisbonne et le fado ne faisait pas partie du paysage musical de Cristina, qui écoutait plutôt de la pop comme tous les jeunes de son âge.Un autre "accident" du destin a aiguillé Cristina sur les chemins de cette musique traditionnelle : la jeune fille avait été hospitalisée à la suite d'une grave maladie. A sa sortie de l'hôpital, une amie l'invite à une soirée au cours de laquelle l'assistance pousse Cristina à chanter quelques mélodies. Cette première prestation publique agit comme une révélation : sur l'insistance de ses amis, Cristina accepte de se produire lors d'un récital en Hollande et là…

Le succès est tel qu'elle abandonne ses études en communication (elle rêvait d'être journaliste) et se consacre à la musique. Elle rencontre alors Custadio Castelo (originaire lui aussi d'Almeirin), grand guitariste et musicien sensible. A tous deux, ils créent un nouveau style qui respecte la tradition tout en sachant la renouveler avec finesse et modernité. Leur association à la scène se poursuit côté jardin d'une belle histoire d'amour qui elle même vient nourrir leur musique : "Le fado, c'est la nostalgie, le vague à l'âme -confiait Cristina dans une interview accordée au Monde de la Musique- mais cela peut être aussi le bonheur de la vie, les choses légères et gaies. Au risque de déplaire, je bouscule un peu certaines règles traditionnelles". Mais elle les bouscule avec tant de talent que c'est ça qui justement nous plaît. Pourtant, si l'écrin est peaufiné avec pertinence et sensibilité, le succès de Cristina ne s'explique pas en analysant la musique. Si beaux soient-ils, arrangements, mélodies et technique vocale sont balayés dès que Cristina commence à chanter. Et plus rien n'existe hormis les frissons et les larmes de joie, portés par cette voix pure et délicate.

 



Magali Bergès




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